Cascades de glace

Accueil Gérard Chantriaux Ski extrême Rocher Cascades de glace Parapente Inventeur Auteur Bibliographie Messages de ses amis Liens

Pour bien commencer, voici l'article de Sébastien Constant dans VerticalRoc n°8 de novembre 2000 : "Freissinières, un cœur de glace", page70 et suivantes. 
Vous devrez lire aussi : « Gérard Chantriaux révolutionne la conception des crampons et des piolets », 10 avril 1986, Dauphiné Libéré.

Chantriaux et le cigare des Violins
"
Gérard Chantriaux, inventeur, bricoleur de génie polyvalent à l'extrême. De son cerveau novateur naissent le révolutionnaire Pulsar, la broche alu à expansion... En avance sur son temps et adepte du solo, il ouvre seul au début des années 80, celle qui sera La Chantriaux, en face sud. Mais ce qui marquera l'hiver 1981-82, c'est sa première ascension du cigare des Violins. Probablement l'un des premiers grade 6 de l'histoire ouvert en solo !
Avant l'écroulement de la voûte en 1996, le surplomb était plus marqué et le cigare ne se formait que très rarement. C'est dire la bête. Encore plus déconcertant est le film qu'a réalisé sa femme Marie-Jo, sous le regard ébahi des habitants des Violins. A son premier passage, au beau milieu du cigare, Gérard casse une lame d'un millimètre d'épaisseur (aujourd'hui la norme en réclame trois). Il lui faut se pendre et changer la lame. La manip' lui prend une demi-heure. Dur dur de repartir." Sébastien Constant

A propos de :

La Chantriaux
Les Violins
Le matériel mis au point...
Témoignage d'Alain Paret, son compagnon de cordée habituel

 

Avec son compagnon de cordée habituel

" Les premières ascensions de cascades de glace se sont faites durant l’ hiver 78 / 80. Personnellement j’ignorais tout de ce nouveau sport de grimpe et un jour de décembre 1980, Gérard m’en parle pour la première fois avec enthousiasme, il a fait un premier essai dimanche avec Francis. Ma première réaction a été de trouver cette nouvelle passion complètement farfelue, cela a été également le cas pour le parapente ou le ski de pentes raides. Et pourtant dès le week–end suivant, peu enthousiaste, je m’embarque avec Gérard, Pierre et Francis pour goûter aux joies de cette nouvelle activité, sur une cascade facile près de Freissinières appelée maintenant Fracastorus. J’ai immédiatement changé d’ avis et je serai l’ équipier quasi unique de Gérard pour une longue série d’ escalades sauf quand parfois Marie–Jo l’ accompagnait ou évidemment pour les quelques solos que Gérard a faits.

Nous grimpions toujours en réversible, mais Gérard était plus professionnel et technique que moi, donc meilleur. Cependant je ne me débrouillais pas trop mal dans cette activité où le moral était primordial, surtout au début avec un matériel pas très adapté.

Notre cascade préférée était la chandelle de Ceillac appelée maintenant sombre héros que nous avons gravi très souvent en 81 et en 82, Gérard la gravira en solo en 82 pour les besoins d’un petit film. Je n’étais pas là ce jour là mais je n’aurais sans doute pas osé le faire, ayant cependant déjà gravi sans assurance quelques cascades peu difficiles en compagnie de Gérard, la corde dans le sac en cas de difficulté.

Nous étions capables de grimper des murs de glace verticaux en glace de qualité médiocre et ce n’était jamais vraiment la difficulté technique qui nous arrêtait mais une certaine inquiétude sur la solidité de ce nouveau matériau un peu nouveau pour nous, inquiétude confortée par quelques péripéties sans conséquences heureusement. Nous avons à cette époque fait beaucoup de cascades en particulier dans la vallée de Freissinières sans d’ ailleurs savoir si elles avaient déjà été faites.

Evidemment le cigare des Violins a tout de suite attiré notre attention. Deux fois durant l’ hiver 82 nous avons grimpé jusqu’ au pied de la Chandelle et deux fois nous avons renoncé devant le déluge d’eau, persuadés qu’avec un tel débit elle ne devait pas être très solide. De plus nous ignorions qu’elle n’ avait pas encore été escaladée. Après notre seconde tentative avortée, Gérard est un peu dépité. Il a prévu de prendre une journée de congé mercredi prochain avec Marie Jo, et peut être il reviendrait.

Ce mercredi là, j’étais au travail et ce que j’écris est le récit que m’a fait Gérard après son ascension en solitaire de la Chandelle des Violins. « Je n’avais pas vraiment l’intention d’en faire l’ascension, mais plutôt un repérage pour voir si la sortie était solide et en bonnes conditions. Je grimpais à peaux de phoques à son sommet en la contournant par la gauche, puis descendais en rappel dedans. Au sommet de la chandelle, je plantais deux broches et descendais en inspectant la glace. Elle semblait solide, de bonne consistance avec un débit d’eau faible. Alors je me suis décidé et j’ai attaqué l’escalade, avec en plus le poids de la corde dans le sac. Cela me semblait fou, mais la glace était idéale et je sentais que c’était à ma portée. Très concentré, je progressais régulièrement grâce à une glace de bonne qualité. Mais près de la sortie la lame d’un de mes piolets s’est brisée lors du planter. La tension fût alors extrême mais je me ressaisissais rapidement, j’étais presque sorti et ma lame cassée pouvait encore faire un ancrage pas trop mauvais >>.

Je pense cependant que Gérard avait l’espoir de tenter l’ ascension ce jour là, car Marie Jo était venue avec tout le matériel nécessaire pour le filmer depuis le parking à voitures. Aussi, s’il m’a dit qu’il n’avait pas vraiment l’intention de la gravir, c’est peut-être pour s’excuser de ne pas m’avoir associé à cette réussite. Mais pour la première en solo, on est forcément seul, il n’avait pas à chercher à s’excuser. Plus tard, nous ferrons l’ ascension ensemble cette fois. C’est seulement à la lecture d’un topo publié en 95 que j’ai appris que la chandelle des Violins n’avait jamais été gravi avant l’ exploit de Gérard.

Cette rupture de lame mérite quelques explications. A l’époque, l’épaisseur des lames était assez importante et il fallait frapper fort pour faire un ancrage suffisamment profond, ce qui dans le cas de glace fragile provoquait une destruction de la couche de glace et une grande difficulté à faire en définitif un ancrage correct. Gérard eu alors l’idée d’utiliser un acier aux caractéristiques mécaniques très élevées, l’acier maraging, contenant plusieurs éléments d’alliages dont du cobalt. Mais seules les aciéries d’Imphy fabriquaient une telle nuance et dans des dimensions bien spécifiques, elles pouvaient seulement nous fournir gratuitement des chutes en 1,5 mm d’épaisseur, n’étant pas producteur en 2 mm. Après découpe au laser, les lames dessinées par Gérard furent montées sur le prototype du futur Pulsar de Charlet Moser. Pour utiliser ce piolet révolutionnaire, il fallait frapper la glace sans violence, avec la lame bien perpendiculaire à la glace car l’épaisseur un peu trop faible la rendait un peu élastique. Hormis ce léger défaut, l’ancrage était aisé et surtout bien meilleur dans les glaces cassantes qu’avec les lames traditionnelles. Mais à la sortie de la cascade des Violins, Gérard fatigué par l’effort physique et la tension nerveuse a fait une frappe un peu trop forte et mal dirigée, la lame a cassé.

Charlet Moser a été séduit par les piolets prototypes de Gérard et les a commercialisés sous le nom du Pulsar. Cependant ils n’ont pas osé mettre une lame de 2 mm d’ épaisseur seulement, d’autant plus qu’il était très onéreux d’obtenir de l’acier maraging dans cette épaisseur. Les lames actuelles font 2,5 à 3 mm, il y a sûrement des nuances d’ acier permettant maintenant de passer à 2 mm en toute sécurité et à un prix raisonnable.

La face nord de Gramusat nous impressionnait beaucoup, mais le bas semblait infranchissable alors que le haut devait passer sans trop de difficultés, en particulier sur la gauche de la face. Mais la jonction au pied de l’extrémité gauche de la face était longue à se faire. Elle se faisait généralement assez tardivement à un moment où les températures commençaient à remonter. Un jour que la jonction semble bien établie, Gérard et moi partons pour une tentative. Arrivés au pied de la chandelle d’accès à la face nord, un alignement de glaçons suspendus juste au-dessus de notre tête refroidit notre ardeur d’autant que nous pensons la température un peu douce pour se promener dessous. Après de longues hésitations nous abandonnons et pour se consoler, nous gravissons pour la troisième fois la cascade située à gauche derrière un éperon rocheux qui se sépare ensuite en deux branches (appelées maintenant Ice apocalypse et Happy together), en pensant que peut-être on pourrait accéder à la face nord en traversant ensuite sur la droite. Arrivés sur place, nous constatons que cela est effectivement possible. L’année suivante mais plus tôt en saison, nous revenons dans cet itinéraire pour essayer de progresser un peu dans la face nord, mais sans chercher à sortir par le haut, ce qui nous semblait impossible dans la journée compte tenu des vitesses de progression de l’époque et de la nôtre plus particulièrement. La route n’est pas encore enneigée et on peut venir en voiture au pied de la pente qui mène à la paroi. Le temps est maussade, mais idéal pour grimper en cascade. L’ascension de Happy together s’effectue sans problèmes et arrivés au sommet, il neige. Nous effectuons la traversée, fixons une corde fixe pour faciliter les allers retours. Nous posons nos crampons dans la face nord mais sans insister car le temps se gâte sérieusement. Demi-tour en rappel sur les arbres en bordure de la cascade. Soudain une violente détonation nous fait sursauter. Une misérable coulée de neige dévale la cascade, est-ce elle qui est la cause d’un tel éclat ? Trois minutes après, même scénario en plus bruyant encore. Je ne comprends pas comment des coulées aussi minuscules peuvent déclencher un tel claquement sonore, est-ce leur vitesse? Gérard et moi sommes cependant impressionnés. Arrivés au bas des rappels, il va falloir traverser la zone d’arrivée des coulées et leur cadence s’accélère. Juste après le passage d’une nous bondissons dans la traversée et nous nous plaquons contre la paroi pour laisser passer la suivante puis nous descendons en courant dans la pente. Après environ 200 mètres de course, nous nous arrêtons car la coulée s’étale dans la pente et ne va pas au-delà. Il neige toujours abondamment mais les coulées sont devenues silencieuses, comme toutes les avalanches de poudreuse que nous avons vues, pas d’aussi près certes (en fait pas toujours, voir le récit sur les avalanches) mais bien plus grosses que ces petites coulées

Arrivés près de la voiture, il y a 40 cm de neige sur la route, le retour va être délicat. La route n’est pas dégagée en hiver et déjà quelques véhicules y ont hiverné les années précédentes. Cela sera peut-être le cas pour ma brave R4 cette fois-ci. Je dois prendre de la vitesse pour effectuer les remontés car tout redémarrage en côte est impossible, ce qui est difficile car on ne voit plus vraiment la route. On atteint enfin Les Violins sans problèmes.

Amateurs de cascades, méfiez vous des chutes de neige lorsque vous grimpez, car les cascades sont des parcours de descente privilégiés pour la neige dans ces cas-là, et s’il y a des pentes très raides au-dessus, les coulées arrivent rapidement après le début de la chute et avec une grande vitesse à laquelle les broches à glace ne résisteront pas. Et aussi pensez à votre voiture, parfois c’est une grosse avalanche qui bloque la route.

A partir de 1987 environ, nos sorties en cascade de glace furent peu nombreuses, un peu moins de motivation, un souci chez Gérard de mieux se consacrer à sa famille, l’attrait des randonnées à ski lorsqu’il fait beau ? Nous ne sommes jamais retournés à la face nord de Gramusat qui fût gravi pour la première fois en 1991."

Alain Paret, février 2001

^

Vous pouvez envoyer impressions, textes, photos...