Piolets et crampons

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Le piolet : l'idée de Gérard la plus commercialisée.

« Gérard Chantriaux révolutionne la conception des crampons et des piolets », 10 avril 1986, Olivier Beylon, Dauphiné Libéré
L'aventure de l'innovation, 21 juin 1990, L'usine Nouvelle n°2273
Première ascension réalisée en solo de la cascade des Violins par Gérard Chantriaux en utilisant son prototype, récit d'Alain Paret

 

Gérard Chantriaux révolutionne la conception des crampons et des piolets

Depuis 1976, une question tarabustait Gérard Chantriaux un guide de haute-montagne briançonnais : pourquoi les lames des piolets ne sont pas réglables en inclinaison ?

Et puisque personne ne semble disposé à étudier la question plus à fond, ce titulaire d'un diplôme universitaire de technologie en génie mécanique va s'attaquer seul au problème. Il se met à faire des expériences avec des lames. Il va d'ailleurs en tordre un nombre considérable pour obtenir le résultat le plus satisfaisant.

En 1979, il parvient enfin à réaliser un piolet brevetable : le manche est en carbone ; la lame ne repose pas directement sur le manche directement, mais sur un arc de force composé en aluminium et lithium, et surtout elle a la possibilité de trois réglages différents en longueur et deux en inclinaison.
De plus elle est escamotable et peut être remplacée par une pelle à neige par exemple.

Une excellente pénétration dans la glace
L'avantage du système réside dans une excellente pénétration du piolet dans la glace que consolide la traction exercée dessus par l'alpiniste. Pour Gérard Chantriaux, la résistance ainsi acquise est deux fois supérieure à celle d'un piolet normal. Il faut dire que la lame, découpée au laser, est taillée dans l'acier le plus performant existant actuellement. La finesse de celle-ci (deux millimètres au lieu de cinq habituellement) alliée à une bonne flexibilité permet une pénétration bien profonde dans la glace, là où les autres piolets font éclater celle-ci.

Sa résistance s'avère remarquable par ailleurs et Gérard avoue qu'en cinq années de pratique la lame n'a rien perdu de son affûtage originel. Quant au poids, il est très faible.

Le guide briançonnais hésite avant de créer sa propre société pour la commercialiser. Finalement, n'étant pas gestionnaire de formation, il y renonce et va donc s'employer à chercher une marque susceptible de lui acheter son brevet. Rapidement il trouve chez Charlet un interlocuteur très intéressé qui s'empresse de conclure l'affaire. Malheureusement, pour d'obscures raisons, le piolet commercialisé sera beaucoup plus lourd et moins performant que l'original, mais reste tout de même remarquablement efficace par rapport aux autres piolets du commerce.

Le brevet est déposé en février 1985 et, au salon internationnal de Grenoble qui se tient le mois suivant, Charlet présente ce nouveau piolet, prêt à être commercialisé.

Des crampons avec une seule pointe avant
Mais en même temps qu'il menait à bien la conception de son piolet, Gérard Chantriaux, qui n'est pas en mal d'idées, s'est attaqué aux crampons. Ceux qui sont commercialisés jusqu'alors proposent systématiquement deux pointes à l'avant. Pourquoi deux ? C'est la question qu'il se pose.

Il tente donc d'expérimenter un crampon avec une seule pointe avant centrale. Le résultat est très probant, d'autant qu'à l'instar de son piolet, il rend la pointe (nantie de cinq dents) réglable grâce à cinq crans qui lui permettent de s'étendre de trois à cinq centimètres en longueur.

L'avantage, c'est que le pied peut ainsi se trouver plus ou moins en avant, selon que l'on aborde des difficultés aussi différentes qu'une cascade de glace ou un rocher. Ce système permet à n'importe quel débutant de gravir des parois de glace abruptes.

Ces crampons révolutionnaires ne sont pas encore commercialisés, à la différence des piolets, mais ils viennent d'être présentés au SIG. Quant à leur créateur, il ne va pas s'arrêter en si bon chemin et travaille déjà à d'autres projets, dont une fixation de randonnée pour pente particulièrement raide, un sac à dos, des mousquetons et même une porte anti-casse, anti-vol et étanche.

Parallèlement, il tourne des films en montagne et vient d'en présenter un, mettant en scène ses nouveaux crampons, intitulé : "Vivre... une chance, un défi". Car concepteur depuis plusieurs années à l'usine SEMP (ex-Planet-Wattom) de La Roche de Rame, ce natif de Briançon n'oublie pas qu'il est aussi moniteur de ski et guide, et n'ayant exercé cette activité que pendant trois ans, il reste le skieur de haut niveau qui a notamment effectué la première descente à skis de la face sud-ouest de l'Artesonraju au Pérou, une pente à 65° sur 200 m en 1980.

Ce ski de l'impossible lui a d'ailleurs donné l'idée de créer une pente de bois inclinable de neuf mètres de haut pour s'entraîner à descendre de très fortes pentes et pour situer ses limites.

Quand on saura enfin que Gérard Chantriaux vient d'éditer en livre une série d'itinéraires de ski en pentes raides, on comprendra que ce Briançonnais ne trouve guère le temps de s'ennuyer.

Olivier Beylon, 10 avril 1986, Dauphiné Libéré

Gérard Chantriaux, son piolet et ses crampons révolutionnaires

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Des entreprises de taille modeste se sont hissées au premier rang de marchés laissés vacants. En se lançant dans l'aventure de l'innovation.

Plus vite, plus haut, plus fort. La maxime de Pierre de Coubertin a joué des tours au géant Salomon, jusqu'ici champion de la rentabilité. Le numéro 1 mondial des fixations de ski vient pour la première fois de trébucher : 90 millions de francs de pertes en 1989. "Au niveau mondial, l'industrie du sport est plutôt en stagnation, souligne Philippe Moati, qui vient de réaliser une étude pour le Credoc ; en revanche, il reste encore des marchés de niche qui peuvent inspirer telle ou telle entreprise."
Sur ces petits créneaux, un produit innovant s'empare rapidement de l'essentiel du marché. Mais comment innover sans gros moyens financiers ? Le plus souvent, ce sont les sportifs eux-mêmes qui apportent leurs idées aux firmes.
L'histoire de Charlet-Moser est à ce point de vue exemplaire. Après six générations de forgerons dans la plus pure tradition, la société Le Borgne, fabricant de matériel de jardin à Allevard, près de Grenoble, rachète un fabricant de piolets d'alpinisme en pleine déconfiture : Charlet-Moser. Six ans plus tard, Le Borgne (100 personnes), réalise 20% de son chiffre d'affaires (en tout 40 millions) sur ce marché.
Grâce surtout au Pulsar, un piolet de forme révolutionnaire, qui se révèle très efficace sur les parois glaciaires. C'est un alpiniste qui est venu proposer à Denis Lozac'hmeur, le directeur général de Le Borgne, son invention, après avoir essuyé un refus de la part des concurrents. "Le Pulsar ne réalise que le quart de notre chiffre d'affaires dans le piolet, mais il nous apporte 90% de notre notoriété" explique Denis Lozac'hmeur.
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21 juin 1990, L'usine Nouvelle n°2273

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