Lettre à Gérard : salut l'ami
(Yves Parlier, octobre 2000)
Hommage (Philippe Deschamps, novembre 2000)
Lettre à un ami (E.C. novembre 2000)
Tchao Gérard (Jean-Michel Asselin, novembre 2000)
Salut Gérard... (Jef Fouchard et tous les
parapentistes de Briançon, décembre 2000)
Mon meilleur ami (Alain Paret, janvier 2001)
Le risque de vivre (Nicolas Izquierdo, janvier
2001)
Respect (Christine Grosjean, mars 2001)
Gérard et le parapente,
(Adrien Gaillard, juin 2001)
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Lettre à Gérard : Salut l'ami
Je profite du passage de deux anges pour t'envoyer ce premier mot, depuis que lors de ton dernier Vol les cieux ont décidé de te garder. Toi qui as passé ta vie à jouer avec la pesanteur à la défier, te voilà affranchi de la gravité universelle pour toujours. Sache que pour moi elle me pèse plus que jamais et ce n‘est pas parce que je lui en veux d’avoir jouer des turbulences pour te projeter contre ta montagne, mais parce qu'elle ouvre un vide dans mon cœur où aucune force ne me retient.
Je suis seul sur mon bateau, depuis 10 jours maintenant et je sens que tu es auprès de moi pour m’ouvrir la route, comme en rando quand tu me faisais la trace, comme en escalade quand tu m’ouvrais la voie, comme en cascade où je te savais au bout de la corde. Toi qui nous as ouvert de nouveaux horizons tu excellais dans ta passion, tellement exigent pour toi, rien n'était laissé au hasard, tu es mon exemple et pour ne pas te décevoir j'essayais au bout de notre corde de donner le meilleur de moi. Cette énergie dans l'effort je sais que je te la dois mais il va falloir la retrouver. Alors ce tour du monde on le fera ensemble.
Cette nuit la mer respire, d’une grande houle profonde, mais la haut je pense que tu gratonnes déjà sur les étoiles.
Yves Parlier, octobre 2000
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Gérard Chantriaux s'en est
allé un beau jour de septembre, emporté dans sa dernière passion pour le
parapente.Même si son nom est beaucoup moins connu que d'autres, c'est un grand
nom de la montagne qui vient de disparaître (voir MM n°235). A skis, on lui
doit notamment la face sud-ouest de l'Artesonraju (Pérou), et l'enchaînement
dans la journée de trois couloirs d'exception (col du Glacier Noir, Coup de
Sabre et Pic Sans Nom). Précurseur de génie, on lui doit aussi l'invention du
piolet magique, le Pulsar, ou celle du crampon monopointe, instruments avec
lesquels il avait ouvert en solo les Violins... en 1983. En suivant sa trace
dans Les Dents de Cyrielle et La Voie de Vanessa, les grimpeurs
penseront à ses deux filles qu'il laisse à Marie-Jo, sa femme.
Philippe Descamps, novembre 2000, Montagnes Magazine n°241
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Navré, je suis navré par
la nouvelle que j’ai apprise, on nous arrache le meilleur des hommes, Gérard
est mort. Cela claque comme une injustice, comme le boulet du canon sur une
ville, comme la mort. La mort qui défigure, abîme, étire le temps jusqu’à
le déchirer. Pleurer, ressasser, évoquer, rien, rien ne refait, le temps s’est
déchiré. Déchirés les souvenirs, l’évocation insouciante, le
" je le rappellerai ". Des regrets, l’heure des tourments,
d’un nouveau temps celui des temps anciens. Ceux d’une famille orpheline, d’enfants
encore en attente de leur père. Déchiré par cette montagne mangeuse, mangeuse
d’insouciance et d’éternelle jeunesse. Déchiré jusqu’à l’écœurement,
coupé des demains qui chantent, où le temps désormais ne se conjugue plus au
présent ni au futur. Adieu donc, et si voyage il y a, alors, bon vent.
Un ami (Eric C., novembre 2000, Montagnes Magazine n°241)
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Un vol en parapente qui tourne mal, et Gérard
Chantriaux nous quitte dans ce beau décor de l'Oisans qui était au cœur de sa
passion. Je l'avais rencontré il y a près de vingt ans. Il avait apporté pour
L'année montagne des photos de ski incroyables, des croquis de virages
et des plans d'un modèle pour s'entraîner en ski extrême et en glace. Touche
à tout, inventeur génial qui avait imaginé des piolets modulaires
révolutionnaires (piolet commercialisé sous le nom de Pulsar chez Charlet
Moser) et des crampons monopointes. Gérard Chantriaux était d'abord un homme
discret. Sa liste de courses impressionnerait plus d'un ténor mais je ne sais
si il y prêtait une réelle attention. Avec le navigateur Yves Parlier, il
aimait avant tout être en montagne pour être en montagne. Les amateurs de
glace auront quelques idées du personnage quand ils verront le film de son
ascension en solo de la cascade des Violins. Un exploit incroyable dans les
années 80, en avance sur son temps. A celui qui avait enchaîné en skis dans
la journée le col du Glacier Noir, le couloir du Coup de Sabre et du Pic Sans
Nom, hommage et respect. Gérard était guide et moniteur de ski, il exerçait
au quotidien comme responsable d'un bureau d'étude.
Jean-Michel Asselin, novembre 2000, VerticalRoc n°8
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L'incrédulité d'abord, le refus ensuite, puis le choc... Nous
devrons nous faire à cette idée, les journées de vol vécues avec toi sont
celles d'une époque révolue. La montagne t'a gardé avec ton enthousiasme et
ta passion, et pour nous tous qui avons partagé cette journée de dimanche, il
nous reste de toi des souvenirs gravés dans la mémoire, ceux d'un copain
heureux de faire ce qu'il aimait.
Le vol libre est source de tant de bonheur, qu'il est difficile d'accepter cette
sombre réalité.
Pour tout ce que tu étais, merci. Bon vol.
Jef Fouchard et tous les parapentistes du CAF de Briançon
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Gérard était mon meilleur ami, celui avec lequel j’avais et de très loin le plus de souvenirs en commun. Vingt-trois années d’ amitié avec beaucoup de moments forts et intenses que je n’oublierai jamais, que nous avons vécu souvent uniquement tous les deux.
J’ai
rencontré Gérard pour la première fois en 1977 à l’usine du Planet à la
Roche de Rame où il venait d’être embauché au bureau d’études. J'étais
moi-même ingénieur en fabrication. Originaire de Saint-Etienne, montagnard peu
expérimenté, skieur à la technique grossière et plus âgé de neuf ans que Gérard,
je ne semblais pas être un équipier idéal. C’était déjà un skieur de
grand talent et un alpiniste confirmé avec une belle liste de courses faites
avec son ami Pierre Farges. Mais nous avions tous les deux une passion commune
pour la montagne et cela nous rapprocha immédiatement. Mes capacités
techniques un peu rudimentaires étaient compensées par une excellente
condition physique et je suivais Gérard sans difficultés et progressivement,
grâce à sa patience, j’améliorai lentement ma technique dans beaucoup de
domaines.
C’est sans doute près d’ un millier de courses en montagne que nous avons faites ensemble : randonnées à ski, escalades, courses haute montagne, cascades de glace, parapente de montagne, la plupart du temps tous les deux, parfois accompagnés au début par Pierre Farges, Jean-Marc Chartier et Francis Cortial durant une courte période puis Gérard Garnier et Nicolas Izquierdo, très ponctuellement par Yves Parlier et assez souvent le dimanche par nos épouses respectives lors de randonnées à skis. Il y a cinq ans en 1995, suite à un accident avec une tondeuse à gazon, il se coupa deux doigts et il ne retrouva jamais sa pleine puissance musculaire sur les doigts en question. Il arrêta définitivement l’escalade, l’alpinisme et la cascade de glace à mon grand regret. Mais il continua à faire des randonnées à skis.
Cependant
durant les six mois sans neige, il cherchait une nouvelle activité. Je
pratiquais le parapente de montagne depuis 1986 avec Gérard Garnier ou souvent
seul, c’est à dire une grosse marche pour décoller d’assez haut et faire
ainsi un vol de grand dénivelé mais pas toujours de longue durée car les pépins
de l’époque n’étaient pas très performants. J’avais initié Gérard au
parapente en 1987, c’est à dire quelques vols en station avec les skis aux
pieds, mais il n’avait pas persévéré car il avait déjà beaucoup
d’activités sportives et souhaitait consacrer du temps à sa famille. Mais
après son accident à la main, il avait plus de temps disponible et je voyais
qu’il était très intéressé car sans arrêt il me questionnait sur mes
vols. Ce sera Yves Parlier, pratiquant assez récent - il avait fait son premier
grand vol l’été précédent avec Gérard Garnier et moi- qui sera son
nouveau professeur de parapente durant l’été 1996 et dès l’automne nous
serons souvent trois, les deux Gérard et moi, à voler ensemble. Mais Gérard s'est
rapidement passionné pour le parapente. Pour faire des progrès plus rapides,
il s’est inscrit au club de parapente du C.A.F. de Briançon où il a rencontré
des gens très compétents. Je l’accompagnais parfois lorsque ses compagnons
de club acceptaient de marcher un peu avant de décoller. Comme dans les autres
sports qu’il avait pratiqué à très haut niveau et également dans son
travail car il a été un de mes plus proches collaborateurs durant dix ans, Gérard
était un perfectionniste ne laissant rien au hasard. Mais le vent est un élément
assez imprévisible où la technique et la maîtrise de soi ne suffisent pas
toujours.
Alain Paret, janvier 2001
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"La mort nous guette tous. Ceux qui la craignent craignent de vivre." Clark Gable à Marilyn Monroe d'après Arthur Miller dans The Misfits de John Huston
Cité par Nicolas Izquierdo, janvier 2001
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Respect
La famille et les amis de Gérard Chantriaux, mort dans un accident de
parapente en septembre dernier, ont ouvert un site pour maintenir son souvenir.
Rappelons que celui-ci, né à Briançon en 1953, guide de haute-montagne,
moniteur de voile et de ski, habile technicien, a conçu entre autres le premier
crampon monopointe, le premier piolet à lame interchangeable pour la cascade,
le piolet qui deviendra le fameux Pulsar de Charlet Moser, le manche en
carbone, etc. Cet inventeur ne touchera pas les royalties possibles à cause
d'un différent commercial : "De toute façon, je veux que la montagne
demeure un plaisir". En 1980, il descendait à ski l'Artesonraju
au Pérou, en 1986 il réalisait à ski dans la journée la
trilogie du Glacier Noir (couloirs nord du pic Sans Nom, du Coup de Sabre et
du col du Glacier Noir). En glace, il fut un précurseur qui frappa très fort
en ouvrant à Freissinières, en 1983, la cascade
des Violins, l'un des premiers grade 6, et en plus ouvert en solo.
Christine Grosjean, mars 2000, Alpinisme et Randonnée n°229
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