Le ski a évolué. La randonnée se développe, elle tend à s’aseptiser. Parallèlement au ski urbanisé, les montagnards ont découvert une nouvelle forme d’expression.

Ras-le-bol des files d’attente. Ras-le-bol des balises. Ras-le-bol des sommets surpeuplés. Ras-le-bol d’une godille trop parfaite sur des pentes acclimatées. Du nouveau ! De la perspective ! du gazzz !

Si l’on se sent, sur ses skis, des capacités encore inexprimées, qu’on a soif d’aller plus loin, bref, qu’on a des fourmis dans les spatules, que faire ?… Changer de pentes. Quitter l’espace-plan pour plonger dans les trois dimensions.

1980-1981 :

bulletVoie Bonatti au Coolidge
bulletN-O du Pic sans Nom
bulletFace S-O de l’Artesonraju (Pérou, 65°)
bulletCol Claire
bulletUne voie d’escalade à la Roche-Taillante (à skis bien sûr)
bulletCoup de Sabre.

Et pourtant l’année était particulièrement mauvaise en Oisans. De nombreux projets avortés…jusqu’à l’année prochaine.

Ski réservé à une élite ? Notre club tendrait à prouver le contraire. Ce n’est que par un entraînement spécifique que les pentes se laissent accrocher. La création d’un système de cotations permet de mieux se situer par rapport aux courses qui deviennent " classiques ", le Davin par exemple.

Dans le creuset de notre petit groupe, les idées bouillonnent. On voudrait même changer le nom de notre hobbies " ski extrême ", " ski de l’impossible " sont autant d’étiquettes que l’on attribue à une discipline où l’on doit au contraire skier bien au-dessous de sa limite.

Trouver sa limite, élaborer une technique et cela sans trop de risques constituent les problèmes sur lesquels buttent le skieur de pente raide.

Les grimpeurs ont leur école, nous avons créé la nôtre, un couloir de neuf mètres de haut, quatre mètres de large, couvert de glace et inclinable à volonté. Que de chutes, que de progrès. Une technique s’est imposée, tant de prises de carres que de virage.
Nous l’avons appliquée dans toutes nos descentes. Des traces croisées, puis des traces rencontrées.

Tiens, ce n’est vraiment plus une élite ! Des tas de montagnards se posent des questions, sont attirés. Le skieur extrême n’est plus seul. Il fait boule de neige… eh ! eh ! eh !

Après le stade des pionniers, vient celui de la démystification. L’alpinisme a ses topos. Le ski de pente raide, branche de l’alpinisme, a besoin de ses topos spécifiques.

Nous en avons sorti avec les moyens du bord. Il reflète, de plus, nos vues sur la technique, notre système de cotations et puis, comment construire son " école de ski ". Mais n’oubliez pas de lire tous les conseils de prudence. Trente degrés sous vos patins et c’est l’aventure qui commence. Jusqu’où aller ? A chacun de trouver sa limite.

Le péché d’orgueil n’est pas pardonné.

Gérard Chantriaux et Nicolas Izquierdo (article paru dans "L'année Montagne 1981-82)