Les Trois Couloirs

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De gauche à droite : 
le Nord-Ouest du Pic Sans Nom
le Coup de Sabre
le Col du Glacier Noir.

Gérard après la triple descente.

Descente des trois couloirs Nord du Glacier Noir à skis dans la journée, le 6 juin 1986, par Gérard Chantriaux. 

"Les fêlés de la pente", propos recueillis par Bruno Tamaillon, AlpiRando n°93 de novembre 1986

Témoignage  d'Alain Paret
"C’était un projet auquel Gérard pensait depuis longtemps. Durant ce printemps, l’enneigement tardif avait été important. Un samedi matin de début juin, nous faisons tous les deux une reconnaissance, les couloirs sont en excellentes conditions, mais il faudrait que la température se radoucisse un peu. En guise d’entraînement, il réalise sa seconde descente du couloir nord du Col du Glacier Noir avec une neige vraiment dure, mais saine. Lundi matin au travail, je l’informe que la météo annonce un radoucissement des températures et qu’il pourrait faire une tentative mercredi.

Mercredi matin, Gérard, Marie–Jo et moi sommes au Pré de Mme Carle. Je transporte l’intendance de la journée, Gérard progresse sans sac, car la journée risque d’être très rude pour lui. Marie-Jo s’installe sur les pentes sud en face des couloirs pour faire un peu de film. J’accompagne Gérard jusqu’à la rimaye du couloir du Col du Glacier Noir, la pente est à 55 degrés et en conditions identiques à celles de samedi, mais aujourd’hui, la neige dégèlera, peut–être pas pour ce premier couloir, mais certainement pour les deux suivants. Pendant que Gérard attaque l’ascension du premier couloir, je recherche un moyen pour traverser à l’horizontale et rejoindre la base du couloir du Coup de Sabre. Je trouve un passage assez facile que je signale avec des traces dans la neige et prépare une assurance pour le passage de la rimaye du couloir du Coup de Sabre, puis j’attends Gérard que je ne peux pas voir d’où je suis. Il arrive en pleine forme, je l’assure pour franchir la rimaye et il gravit rapidement le couloir du Coup de Sabre. Vers midi trente, il me rejoint très heureux de sa seconde descente du Coup de Sabre en bien meilleures conditions que lors de sa descente en 79. Après un rapide repas, nous partons ensemble pour gravir le plus long des trois couloirs, le Nord-Ouest du Pic sans Nom, soit 800 mètres de dénivelée. A trois cents mètres du sommet, devant un passage vraiment raide, je dis à Gérard de continuer seul car je crains que la pente soit un peu trop raide pour ma technique. Cependant après une longue hésitation, je repars car il me semble que la neige est vraiment en excellentes conditions et finalement je m’arrête juste avant le rétrécissement final du couloir. J’entame la descente avec prudence, puis avec confiance car la neige est vraiment bonne. Gérard arrive en enchaînant des petites virages comme sur une piste en station. J’éprouve quelques difficultés à franchir à skis les séracs en bas du couloir où la glace affleure alors que Gérard a déjà rejoint Marie-Jo sur la plat du glacier depuis déjà un certain temps. Au final pour la journée de Gérard, 2 800 mètres de dénivelée dont 1600 mètres à plus de 50 degrés, et il semble après cela frais et dispos.

Pour ses descentes, Gérard utilisait pour fixations des étriers de sa conception, seule la fermeture arrière était assurée par un système du commerce fabriqué par une célèbre marque de fixations de ski. Le samedi suivant, avant de descendre la face nord du glacier de Clapière, à 40 degrés soutenus sur 500 m de dénivelée, comme à son habitude, Gérard teste la solidité de ses fixations, une fermeture arrière casse. Skieurs de pentes raides, méfiez-vous de la solidité de votre matériel, on ne peut pas faire confiance même aux meilleurs. Comment Gérard est–il descendu ? Avec deux sandows bien solides que j’avais toujours dans mon sac."
Alain Paret, janvier 2001