6E : Coup de Sabre

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Niveau-ski

S6

échappatoire

oui

pente moyenne

54°

pente maxi

60°

exposition

maxi

matériel

crampons, piolet, corde

altitude de départ 1874 m
altitude maxi 3448 m
altitude "bas" de descente 1874 m
dénivelée de montée 1574 m
dénivelée de descente 1574 m
temps de montée 4 h + 2 à 3 h
 orientation générale nord
cartographie IGN 1/25000 n°241
lieu de départ Cézanne
époque mai/juin

Course de glace très connue du Haut-Dauphiné, le versant Nord du Coup de Sabre a été descendu pour la première fois le 6 juin 1975 par Patrick Vallençant, et pour la deuxième fois le 6 juin 1981 par Gérard Chantriaux. Six ans plus tard. Non, ce n'est pas exprès. Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps ?

Bien sûr, c'est raide (il approche les 60°), bien sûr c'est "expo" (le couloir fait un S caractéristique, ce qui invite à la prudence), mais il y a autre chose.

Depuis 1975, le couloir n'avait pas été en condition. Impensable de descendre le Coup de Sabre en glace ! Eh oui, la neige a du mal à tenir sur le 60° de nos Alpes (dans les Andes, elle tient beaucoup plus et ça permet effectivement de faire mieux; 65° pour l'instant).

Alors profitons de cette course "extrême" pour insister encore sur l'importance des conditions de neige. Et ceci est valable pour toutes les descentes à skis. Il ne s'agit pas seulement de savoir ses limites – "Moi, je vaux 53,47°", il s'agit aussi de comprendre, de deviner la neige.

Remontée d'un couloir. Les crampons s'enfoncent de quelques centimètres dans la neige. Le piolet est utilisé comme canne. On imagine déjà les belles arabesques. On chausse les skis, et l'on s'aperçoit que les skis restent en surface, car si les pieds cassent la mince pellicule de glace qui recouvre les quelques centimètres de neige profonde, la pression est répartie sur les skis. Et les skis ne tiennent pas. Ou alors ils cassent la croûte, le skieur est bloqué et risque de basculer dans une dernière roulade avant.

Désagréable dans du 60°, mais aussi désagréable dans du 50°, le skieur extrême doit aimer ce qu'il fait. Il doit avoir envie de faire beaucoup de descentes. Alors il prend un minimum de risques, et ça représente déjà quelque chose.

Le Coup de Sabre est une belle descente. Il faut prendre soin de ne pas se la gâcher en y allant par mauvaises conditions. Ce n'est pas la peur qui nous pousse à aller là-haut, c'est le plaisir. Le plaisir de se sentir à sa place, dans un cadre merveilleux, le plaisir de faire un acte esthétique, une trace; pas un gribouillis tremblotant. Bonnes descentes.

Ca gaze dans les premiers virages !

la trilogie

La descente à skis du couloir du coup de Sabre, juin 1979.

"Gérard avait déjà effectué quelques premières descentes à skis de couloir très raides : couloir nord du glacier noir, directe nord ouest aux Agneaux. En ce qui concerne le couloir du coup de Sabre, il s’agissait d’ une seconde, la première ayant été réalisée par P. Vallencant.

Nous étions nombreux à accompagner Gérard ce matin-là lors de l’ ascension du couloir : Jean-Marc, Max, Pierre et d’autres encore. Gérard voulait que je l’ accompagne à la descente en crampons évidemment pour faire un bout de film. La neige commençait à dégeler au sommet du couloir, j’entreprends la descente avec deux caméras autour du cou, une grosse en 16 mm et ma petite caméra personnelle super 8mm. Gérard s’élance, les conditions de neige semblent bonnes. Il effectue son premier virage et à la réception la neige lui bloque les skis et il se rattrape avec difficulté. Grosse émotion pour Gérard qui hésite à poursuivre, cependant il tente un virage supplémentaire qu’il négocie mieux car s’adaptant aux conditions plus délicates que prévues. Il décide donc de continuer. Je suis sans doute plus angoissé que lui, il est très concentré et ne montre pas de signes apparents d’inquiétude. Un peu plus bas, la neige n’est pas vraiment dégelée. Il marque un petit moment d’arrêt ce qui me permet de le rejoindre. La partie basse est vraiment dure, mais il semble sûr de lui. Le bruit de ses skis sur cette neige gelée me met mal à l’ aise, vivement qu’il en finisse. Enfin il franchit la rimaye dans un saut impressionnant.

Ce jour-là, Gérard a réalisé la descente d’un couloir à 55-59 degrés de pente dans des conditions vraiment délicates, en fait il faisait un peu trop froid et la neige n’a pas vraiment dégelée, surtout dans le bas. Quelques années plus tard, il enchaînera la descente des trois couloirs nord du glacier noir dans de meilleures conditions car nous serons attentifs à la température."
Alain Paret, janvier 2001

Itinéraire: La marche d'approche et la partie inférieure de la face sont les mêmes que le nord-ouest du Pic sans Nom. La rimaye se passe en général rive droite. Remonter ensuite les 400 mètres du couloir.

Echappatoire: Il est facile, il passe par le refuge du Sélé (voir la carte)

Enchaînement des trois couloirs Nord du Glacier Noir le 6 juin 1986 par Gérard Chantriaux.

Depuis notre dernier passage, les conditions ont pu changer : enneigement et par là époques des courses, recul des glaciers... Vous voudrez bien nous envoyer vos remarques à : izquierdo.nicolas@wanadoo.fr